Tout comme Xavier, j'ai quitté le pays natal pour l'aventure. La seule différence, c'est que je n'aurai le plaisir d'ouïr l'italien, l'allemand et le danois car, mise à part une colocataire qui est Ontarienne (pure laine?), mes colocataires seront Mexicains et Guatémaltèques. Ce sont eux qui feront de notre demeure une posada, c'est-à-dire une «auberge en espagnol». Si j'eus été unilingue, l'aventure aurait pu m'apparaître effrayante ou inespérée. Cependant, grâce à la maestria de mon professeur colombien Francisco T. et surtout dû au fait que c'est ma langue paternelle, je trouve l'opportunité au seuil de ma porte de chambre, dans la cuisine et dans le salon, c'est-à-dire celle de pratiquer. Pratiquer une langue est probablement l'instance de vérité dans son apprentissage. Dans ma tentative avouée d'être polyglotte, vocabulaire et règles grammaticales se bousculent afin d'éviter le trépas. Me souviens-je encore du datif allemand, des doubles accusatifs du grec ancien ou de l'instrumental russe ? Probablement pas. Mais je me console en me disant que l'espagnol n'a pas de déclinaisons, tout en espérant que mes colocataires ne me déclineront pas leur langue...
lundi 31 août 2009
samedi 29 août 2009
London Life
Je n'ai pas la possibilité de m'ennuyer trop de Montréal comme vocable puisque Montréal est partout. Il y a la Bank of Montreal et mieux encore, un restaurant de viande fumée indique que c'est comme celui de la métropole québécoise et un bistrot du coin a un spécial «Montreal». De plus, les films du Blockbuster sont bilingues, la télévision présente Radio-Canada et certains panneaux ont quelques fois une traduction ou quelques mots pour faire chic : La jolie jupe, la chocolaterie Forrat, et caetera. London n'est pas allergique au français mais reste timide.
Si j'ai parlé dans un autre billet de la britannicité de la ville, elle s'en échappe par un nom, celui d'Huron. Tout ici semble porter le nom d'Huron, Huron University, Huron College, Huron Heights...À croire que les bonzes passés et présents de la Neo-Londinium ont voulu y ajouter quelque chose de typiquement canadien. Cependant, London n'a pas de représentation commerciale dans le Canada. Si un touriste peut acheter quelque objet comme souvenir de Toronto, il y aura la Tour du CN, à Ottawa le Parlement et Montréal, le Stade Olympique. À London, dénicher un souvenir est une tâche ardue. L'on vend des souvenirs portant le nom «Ontario» ou «Canada» mais jamais «London». Pourquoi? La réponse est probablement facile. Qu'est-ce qui représente London? Quelques vieilles églises? Des quartiers datant du début du siècle? La fameuse tour de l'Université? Je pense que la troisième réponse est la bonne. Ce qui représente le mieux London est son Université. Rome est ses Rois, London est ses Étudiants. Évidemment, sur 353 000 habitants, seulement une partie fréquente l'Université, et une autre bonne partie le Collège Fanshawe, sorte de rival au même niveau de ce que l'UQAM est à l'UDM. L'unanimité est loin d'être obtenue, surtout que peu de gens, selon moi, décrirait un campus universitaire comme endroit touristique par excellence. J'imagine déjà la horde de touristes japonais, Kodak et autres commodités en main, prêts à prendre des photographies de la Tour, des écureuils noirs et de quelques étudiants timorés. Seuls les étudiants en Études Est-Asiatiques en seraient les bénéficiaires.
* * *
Parlant de bénéficiaires, mon titre de «London Life» se veut double. Je ne sais pas si vous vous rappelez les publicités que nous avions au Québec à propos de cette compagnie d'assurance, dont l'adaptation québécoise était «Liberté 55». Je vous le demande car je n'avais jamais fait le lien avec la ville. Et aujourd'hui, qu'est-ce que je vois sur une rue au hasard? Le siège social de la compagnie.
vendredi 28 août 2009
Une nouvelle identité?
Un célèbre adage va comme suit : Partir, c'est mourir un peu...Je me demande si j'en serai ou si j'en suis déjà affecté. Depuis ma plus tendre enfance, bercé entre l'Ouest et l'West (Island) de Montréal, j'ai grandi entouré d'anglophones. Cependant, même si leurs coeurs prêtaient allégeance au Canada unifié et, peut-être, à la Reine, ils pouvaient faire preuve d'un certain chauvinisme québécois (je cite pour mémoire le fait qu'il n'y ait pas assez de francophones dans le Canadien de Montréal...). Aujourd'hui, entouré d'anglophones plus que jamais, je ne ressens pas cette appartenance. Je ne peux dire «comme Québécois, nous...» mais bien «as Canadians, we...». S'agit-il peut-être d'un défaut de traduction ? Ou, qui sait, peut-être arriverais-je un jour à surmonter mes préjugés et dire «as Ontarians», mais j'imagine que cela prendra beaucoup de temps et d'efforts et d'alcool. Certes, si je suis ici, c'est parce que je profite d'une bourse d'études, et en prenant bourse, j'imagine que je suis obligé de choisir la «vie» qui va avec.
Je me suis posé la question car, malgré une vie passée au Québec, j'en suis toujours étranger. Le premier réflexe de quiconque m'aperçut (ou plutôt entendit) pour la première fois était de me demander si j'étais Français. Ou Belge. Ou Suisse. Je me demandais tour à tour si je ne semblais pas trop hautain, bêta ou incroyablement passif. Être renié de la sorte par ses compatriotes a été très dur pour le moral, et surtout pour le coeur. Comment peut-on s'établir en société lorsqu'on vous fait ressentir que vous êtes d'ailleurs ou que vous devez être d'ailleurs. Cependant, avec le temps, j'ai appris à vivre avec cela. Lorsqu'on me demandera si je suis Français, je rétorquerai «non, seulement mon accent».
J'ajoute à cela que les Ontariens ne me le demandent pas. Ils le décèlent peut-être assez bien eux-mêmes ou croient-ils encore que je sois de cette sorte hybride, les Franco-Ontariens. J'estime qu'avec une ville complètement anglophone, avec des cours en anglais et des amis anglophones, je perdrai ce que j'ai d'accent étranger en anglais. Peut-être, finalement, que l'assimilation anglaise est plus puissante que je l'avais imaginée. Sur ce, n'ayez crainte, je reste fidèle à ma belle province. Si jamais vous vous demandiez pourquoi j'avais une initiale nouvelle...
mercredi 26 août 2009
Avant-goût
Cela fait déjà quatre jours que je suis en Ontario, à London précisément. J'avais choisi de vivre cet exil volontaire en compagnie de d'autres forcenés, étudiants comme moi à l'UWO, University of Western Ontario. Plusieurs personnes qui me côtoient, familiers ou non, m'associent d'ores et déjà à cette ville, que je connais à peine et qu'eux, ne connaissent pas du tout. Y-a-t-il une raison à cela ? La réponse est résolument dans la question. London, si ce n'est pas en Angleterre, ce n'est pas London (comme le célèbre Paris, Texas). Pourtant, peut-être aurions-nous avantage à connaître cette ville qui, comme son aïeule, porte les traces britanniques les plus flagrantes. Il n'y a qu'à regarder sur une carte pour voir les noms d'Oxford et Piccadilly, la rivière Tamise et le parc Victoria. Cependant, la nourriture étant comestible, s'arrêtent là les comparaisons.
* * *
Parlant de nourriture, étant au centre d'achats avec mes parents avant leur départ, je décidai de commettre l'imprévu. J'ai commandé une poutine. Oui, une poutine. En Ontario. Et pas dans n'importe quel restaurant, une succursale de New York Fries. International, non? Cependant, dans la sauce fade, où se noyaient quelques pauvres morceaux de soi-disant fromage, l'image du Québec était là. Elle coulait en douce au milieu d'un lac de sauce, tandis que je décidai d'aller au fond de la chose.
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